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Accueil du site > Tribune Libre > Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers...

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers...

On est tous bouleversés par cette chanson qui évoque la plus grande infamie, la plus grande tragédie du XXème siècle : les déportations, toutes leurs horreurs, la peur, l'angoisse d'êtres humains qu'on a voués à la mort.

La chanson s'ouvre sur l'évocation du nombre des victimes : "vingt et cent, des milliers". La gradation met en évidence l'ampleur du massacre. On ne voit plus des êtres humains, mais une masse informe de silhouettes, designées par le pronom "ils", et ces êtres "nus, maigres et tremblants" enfermés dans "des wagons plombés" sont l'image même du désarroi : sans défense, humiliés par la nudité et la peur, on les voit "déchirer la nuit de leurs ongles battants". Cette image terrible restitue une sorte de révolte impossible et inutile, puisqu'elle s'acharne sur une ombre, une entité inconnue, et obscure... 

On a enlevé à ces hommes, devenus "des nombres", toute humanité et toute espérance, car leur destin était fixé par leurs origines mêmes : "Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés", expression irrémédiable qui suggère qu'on ne leur a laissé aucune échappatoire...

On leur a ôté tout avenir de bonheur, symbolisé par l'été qu'ils ne devaient plus revoir...

La description de ces convois de la mort est associée à la fuite monotone du temps, à l'obsession de survivre, malgré tout. Les énumérations restituent une attente interminable et terrible :"un jour, une heure, obstinément Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs."

Quelques prénoms sont, enfin, cités : "Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel", ces êtres nous semblent, alors, d'autant plus proches et familiers, on perçoit une diversité de religions dans les destinataires de leurs prières : "Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou.", d'autres ne prient pas, mais tous refusent la soumission qu'on leur a imposée, marquée par une expression imagée et forte, "vivre à genoux..."

La mort au bout du chemin pour beaucoup et un désespoir sans fin pour ceux qui en sont revenus, tel était le sort qui leur était réservé... La question posée : "ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ?" suggère une impossibilité irrémédiable.

Les veines devenues si bleues sur leur bras, après toutes ces épreuves, soulignent encore les souffrances et les détresses vécues dans les camps.

L'évocation des miradors où guettaient les allemands suffit à dessiner le décor lugubre de ces camps : la surveillance, la peur permanente, marquée par le silence..."la lune se taisait comme vous vous taisiez", comme si le paysage se mettait à l'unisson de la douleur des déportés....

L'espoir de l'évasion se traduit par le verbe "regarder" répété... le regard porte au loin, dans une envie de fuir ces lieux sinistres, mais la présence des chiens policiers apparaît menaçante dans l'expression contrastée : "Votre chair était tendre à leurs chiens policiers."

Certains voudraient oublier tous ces événements, les taire, mais le poète affirme la nécessité de dire l'atroce réailté, même à travers une chanson... oui, pour de telles causes, l'engagement est nécessaire, pour éviter l'oubli, car "le sang sèche vite en entrant dans l'histoire".

Au poète engagé, les chansons d'amour ne suffisent pas, quoi que puisse dire la foule représentée ici par le pronom "on".

Le poète veut crier au monde ce qui s'est passé, il refuse l'oubli et personne ne l'arrêtera :"Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?" La question oratoire montre la force d'une conviction, et le poète est prêt à "twister" les mots pour faire entendre sa voix et perpétuer la mémoire de ces êtres humains, parfois oubliés...

Jean Ferrat redonne vie à toutes ces victimes de la barbarie, en employant dans le dernier couplet le pronom "vous", il rappelle à l'humanité ces êtres martyrisés, il semble vouloir, aussi, abolir leur anonymat...

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/05/ils-etaient-vingt-et-cent-ils-etaient-des-milliers.html

 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_Brouillard_(chanson)
 

Vidéo :

 


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63 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 17 mai 18:05

    Avec tous ces articles, vous n’avez plus le temps de vous consacrer (corps et âme ? ^^) à vos chérubins de banlieue. Après forcément ... ^^


    • JBL1960 JBL1960 17 mai 18:54

      Cette chanson, ici chanté par Ferrat lui-même, en live ; m’a été remise en mémoire suite à la lecture de cette article « L’UE cherche une solution finale pour les migrants » et ouais, ça calme.
      Surtout que peu après, je découvrais tout l’horreur du génocide amérindien dans sa « genèse » à savoir « la solution finale au problème indien » avant celle mise en œuvre par Hitler qui pris modèle sur celui du génocide amérindien. Comme quoi c’est sans fin, si l’on n’y met pas fin, donc merci pour ce rappel.


      • PiXels PiXels 17 mai 20:09

        @JBL1960
        .


        « Comme quoi c’est sans fin, si l’on n’y met pas fin,... »

        Vous êtes sûr(e) que vos « influences » (« musicales ») ne sont pas plutôt à chercher du côté de Johnny que de Ferrat ??? (ou éventuellement JVDM.. mais lui ne chante pas !)


      • Bonjour madame Rosemar

        C’est bien d’évoquer les drames de la déportation et en particulier la shoah ...

        L’évoquez vous devant vos élèves ?

        Pouvez-vous nous dire, comment réagissent, quand vous en parlez, les nombreux élèves musulmans que vous avez dans vos classes marseillaises ?

        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 17 mai 19:36

          @Sharpshooter - Snoopy86

          C’est vrai ça !
          Exposez-vous aussi les avis des révisionnistes ? Remettez-vous en critique la loi Gayssot ? Analysez-vous les liens entre le sionisme et le nazisme ? et que dire de Nuremberg ?

           ^^


        • rosemar rosemar 17 mai 21:30

          @Sharpshooter - Snoopy86

          Je ne suis pas prof d’histoire, mais je peux être amenée à évoquer ce sujet, en dénonçant la barbarie nazie, ce qui ne peut être contesté.

        • rosemar rosemar 17 mai 21:33

          @bouffon(s) du roi

          Hélas, on pourrait, aussi, analyser les liens entre Islam et nazisme...

        • Oceane 17 mai 21:41

          @Sharpshooter - Snoopy86

          Pour évoquer « les drames de la déportation et en particulier la shoa » devant ses « élèves musulmans » et surtout pour capter leur attention, Rosemar se doit de mentionner les « precedents », comme le rappelle justement JBL1960 avec « la solution finale au problème indien ». Elle n’oubliera pas non plus les « solutions » mises en place dans les « pays musulmans » bien avant l’avènement de Hitler et sa « solution finale ». Parce que c’est parti « Du non-Blanc au non-Aryen ».

          Le « plus jamais ça » doit cesser d’être à géométrie variable et concerner Tout les Humains.


        • Oceane 17 mai 21:50

          @rosemar

          J’espère pour toi qu’ils n’ont pas encore lu le « Discours sur le colonialisme », car ils te cloueraient au pilori avec leurs arguments. Et te demanderaient d’analyser par la même occasion les liens entre christianisme et nazisme.


        • rosemar rosemar 17 mai 21:56

          @Oceane

          En effet, aucun lien ne doit être exclu... celui du nazisme avec l’Islam comme celui du nazisme avec le christianisme.

        • @rosemar

          Si je comprends bien, tout le monde s’en fout que nos banlieues soient truffées d’antisémites prêts à recommencer la shoah ...

          Mouloud-Oceane-Omar-Philouie est prêt à la justifier au nom des crimes du colonialisme smiley

          D’autres trouvent que le sionisme et la Loi Gayssot c’est beaucoup plus grave smiley

          Alors votre article me parait donc un peu superflu

          Oubliez les paroles de Ferrat, ne laissez que la musique ...

        • Oceane 17 mai 22:51

          @Sharpshooter - Snoopy86

          Oceane ne justifie rien du tout et souhaite encore moins voir les banlieues flamber.


        • Robert Lavigue Robert Lavigue 17 mai 22:55

          @Sharpshooter - Snoopy86

          A propos de négationnistes... Je suis toujours surpris par le cursus de ces individus.

          Bardèche, agrégé de lettres.
          Rassinier, instituteur de gauche.
          Faurisson, commence sa carrière comme prof de lettre.
          Gabriel Cohn-Bendit (le frère de l’autre), CAPES d’allemand.
          etc...


        • Robert Lavigue Robert Lavigue 17 mai 22:59

          @rosemar

          Je ne suis pas prof d’histoire, mais je peux être amenée à évoquer ce sujet, en dénonçant la barbarie nazie, ce qui ne peut être contesté.

          Sans vouloir porter atteinte à votre liberté pédagogique, je crois que vous feriez mieux de vous en abstenir.
          il est des sujets qui imposent autre chose que du pathos et des approximations mitoyennes !


        • Et hop ! Et hop ! 18 mai 00:24

          @bouffon(s) du roi


          Mais cet article EST révisionnistes :

           « Ils étaient mille et cent », 

          alors qu’ils étaient 6 millions.

          Et en URSS 60 millions.

        • Bernie 2 Bernie 2 18 mai 01:47

          @Et hop !

          Et en URSS 60 millions.

          Je doute un peu de votre chiffre. 20 millions, est un chiffre déjà effroyable mais un poil plus réaliste. Peut être avez vous des éléments prouvant vos dires.


        • baldis30 18 mai 10:27

          @rosemar
          bonjour,

          j’approuve totalement votre article , et pour répondre a bien des objections vaseuses je signale une fois de plus qu’un certain Montesquieu a abordé le sujet sous deux formes, l’une plaisante par « les lettres » et l’autre sérieuse et logique par « l’Esprit » ....

          j’ai volontairement tronqué les titres des deux œuvres pour montrer que les lettres et l’esprit peuvent très bien se compléter en confirmant que l’affirmation comme quoi « La lettre tue et l’esprit vivifie » est valable ... la lettre tue la bêtise et l’esprit interdit qu’elle prenne racine !


        • baldis30 18 mai 10:29

          @Bernie 2
          bonjour,

          d’une source russe quasi-officielle et pour le territoire de l’URSS d’alors le nombre de 25 millions serait prouvé ( entre civils et militaires)


        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 mai 11:32

          @Et hop !

           smiley
          Bien vu ^^


        • OMAR 18 mai 17:47

          Omar9

          @Sharpshooter - Snoopy86

          T’as peut-être raison de demander comment « réagissent, ....les nombreux élèves musulmans. ».
          Car, au train où va l’histoire, bientôt, il sera écrit et enseigné que Hitler était musulman d’origine algérienne, que c’est Kaddaffi qui a organisé la « rafle du Vel d’Hiv » ,que Auschwitz ou Birkenau se trouvent en Irak et que les Panzers et Stukas portaient des croissants, et non pas la croix.....

          @Sharpshooter - Snoopy86, tu as dû trop abuser sur le pinard, au bar nazi de la mère Séverine Amelot :
          http://www.lexpress.fr/actualite/politique/municipales-a-nevers-la-candidate-fn-le-drapeau-nazi-et-les-ss_1498172.html
          Je comprends que tu puisses avoir les boules après la déculottée de ta Pollution Marine.
          Mais de là à confondre les élèves de Hénin-Beaumont avec ceux de Marseille......


        • OMAR 18 mai 18:00

          Omar9

          @rosemar

          Avant d’analyser les supposés liens entre l’Islam et le nazisme, il vous serait plus profitable et plus intéressant d’admettre et d’énoncer ces vérités que l’antisémitisme dont s’est fait sien le nazisme, est une conception, une création, totalement chrétienne et a pour ancêtre l’antijudaïsme :
          https://www.herodote.net/610_a_1492-synthese-24.php
          De plus, vous auriez été plus perspicace d’évoquer par exemple, l’aide et l’assistance du Vatican, donc de l’Église, dans la fuite des nazis et autres criminels de guerre :
          http://belgicatho.hautetfort.com/archive/2012/08/21/le-vatican-complice-de-la-fuite-de-nazis-et-autres-criminels.html
          Mais, de nos jours, taper sur l’Islam et les musulmans jusqu’à déformer et frelater l’Histoire, c’est facile, pas cher et sans aucun risque....


        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 mai 19:29

          @OMAR

          Vous savez, en réalité, c’est notre marquage culturel, nos fausses identifications, et l’ego in fine, le véritable problème.
          Mais qui est prêt au « sacrifice » ? ^^ Je vois d’ici déjà les commentaires qui ne comprendraient pas le sens véritable du sacrifice smiley


        • Gavroche 17 mai 20:53

          Merci à l’auteur d’évoquer la mémoire de ces martyrs juifs, tziganes, communistes, résistants, malades mentaux, personnes gênantes et autres inconnus...


          Et Oradour...

          La question est de se demander comment des êtres humains , sains de corps et d’esprit, des médecins, des officiers, des humains donc ont pu en arriver à ces extrémités. 

          L’être humain est ainsi, il déteste son prochain. Il est capable de tout .

          Entre les fanatiques qui obéissent aveuglément au guide, au mentor, ou à un dieu , les amateurs de carnages ont fleuri à toutes les époques.

          Et de ce fait le problème est que ce genre de folie, que d’aucuns qualifieront de détail dans une histoire déjà bien chargée, peut très bien se reproduire un jour ou l’autre, n’importe où dans le monde.

          Il est facile de détecter les fanatiques, en général ils se dévoilent. Les combattre est une autre affaire, ils sont nombreux.

          • Robert Lavigue Robert Lavigue 17 mai 21:09

            @Gavroche

            Vos commentaires sont toujours l’honneur du journalisme mitoyen, de ses plumitifs et de leurs lecteurs...

            J’ai particulièrement apprécié la phrase :
            Il est facile de détecter les fanatiques, en général ils se dévoilent.

            Je vais la méditer longuement...


          • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 17 mai 21:16

            @Gavroche

            Ah oui, Oradour...
            Le dossier préparé par la gendarmerie pour le procès de 1953... classé secret défense, consultable à partir de 2053... S’il n’a pas déjà été détruit. Raison d’état oblige !

            Procès de l’affaire d’Oradour, où ce sont des hommes de troupe qui ont été condamnés, les officiers parfaitement connus et identifiés n’ayant pas été dérangés à leur domicile en Allemagne...
            Condamnations qui furent ensuite fortement réduites, voire annulées...

            Lisez les compte-rendus publiés dans Le Monde à l’époque, ils sont édifiants.
            Les « témoins » aux multiples versions différentes, les preuves disparues...

            Une immense farce, macabre et honteuse.

            Et les fanatiques, les pervers ne sont pas toujours ceux que l’on désigne.
             


          • rosemar rosemar 17 mai 21:17

            @Robert Lavigue

            Vous sentiriez-vous concerné, Robert ?

          • Robert Lavigue Robert Lavigue 17 mai 21:46

            @rosemar

            Vous sentiriez-vous concerné, Robert ?

            Par le journalisme mitoyen ? Pas vraiment ! Je vous laisse ce créneau où vous pourrez trouver quelques lecteurs égarés.

            Par l’Aktion T4 ? Par l’extermination des Juifs d’Europe ? et d’une manière générale par la politique de répression du IIIème Reich ?
            Ce n’est ni avec vous, ni avec un mythomane insulaire que j’aborderai ce sujet... et encore moins dans un contexte où c’est vous qui maniez les ciseaux avec dextérité.

            Il y a des lieux honorables où des auteurs compétents s’expriment.
            Là, par exemple !


          • Et hop ! Et hop ! 18 mai 00:32

            @Gavroche : «  La question est de se demander comment des êtres humains , sains de corps et d’esprit, des médecins, des officiers, des humains donc ont pu en arriver à ces extrémités. »


            Oradour, une bavure unique en France, pas d’ordres, 642 civils tués.

            Bombardement d’Évreux, de Rouen, d’Amiens, de Marseille, de Caen, du Havre, et de 140 autres villes françaises par les USA, 46 000 civils tués, 
            Bombardement de Hambourg, Dresde,… 450 000 civils tués en 4 ans.
            Bombardemet de Hiroshima, Nagazaki,… 1 000 000 civils tués en 2 jours
            Bombardement de Hanoï, de Belgrade, de Bagdad, de Tripoli,

            «  La question est de se demander comment des êtres humains , sains de corps et d’esprit, des médecins, des officiers, des humains donc ont pu en arriver à ces extrémités. »



          • philippe baron-abrioux 18 mai 08:16

            @Gavroche

             Bonjour ,

             j’ai « visité » le village d’Oradour sur Glane , en revenant d’un parcours de découverte des châteaux de la LOIRE : j’avais dix ou onze ans . nous arrivions de Lussac les Châteaux , (Vienne) et rentrions en Gironde .

             on était à la fin de l’été peut être en 1961 ou 1962 . mes deux oncles et mon père, engagé volontaire , et ancien d’Indo, avaient connu le guerre , et en parlaient encore parfois , avec émotion .

             pendant cet été , j’avais visité des usines de porcelaine à Limoges ( cela faisait partie dans ma famille de ce qui était jugé utile pour comprendre de façon concrète les activités industrielles, agricoles ,artisanales de la France ) .

             dans ce qui restait de l’Oradour ancien , celui qui est « visité » aujourd’hui , peut être trois ou quatre personnes marchant en silence dans la rue principale ou échangeant à voix basse . un peu plus loin , le nouveau Oradour . si ma mémoire est encore bonne , il existait dans une des rares maisons pas trop noircie , un pièce où étaient présentées quelques objets de la vie courante déposés , sans aucune légende particulière : ce qui restait de vies enlevées un jour sans raison aucune par des hommes « rendus fous » par leurs histoires fabriquées au nom d’un « idéal » diffusé dans des écrits , dont un livre au nom duquel ils étaient convaincus d’agir à bon droit .

             je me souviens d’un fascicule de quelques feuilles avec des photos en noir et blanc à disposition des « visiteurs » de cette maison : couverture avec un bandeau en diagonale portant ce simple mot « REMENBER » sur fond rouge .

             un des habitants de nouvel Oradour dont une partie de la famille avait péri nous a accompagnés dans notre parcours dans ce village , s’arrêtant parfois en silence devant l’une ou l’autre des maisons ou l’atelier d’un artisan dont l’activité ou le nom était peints sur le façade noircie .

             l’église , à ciel ouvert , et quelques mots glissés aux oreilles des adultes seulement : les détails étaient sans doute trop horribles pour que je les entende et surtout les comprenne .

             l’école , vide , vidée de ses enfants pour les conduire de là où ils ne reviendraient jamais .

             j’ai souvent repensé à cette journée de fin de vacances , sous un soleil radieux ,organisée par des adultes, sans doute pour me montrer quelque chose que je ne pouvais pas encore comprendre : à mon âge , on « jouait à la guerre » parfois , un simple jeu , sans doute comme les écoliers d’Oradour y jouaient parfois .

             j’ai gardé très longtemps le petit livret barré du mot REMENBER sur fond rouge .

            le même été , j’avais découvert Azay le rideau , le travail des femmes de Limoges décorant avec leurs pinceaux si fins les porcelaines blanches , les façades brunes d’Oradour sur Glane et de l’ensemble j’ai encore le souvenir . en peu de temps , des traces de femmes et d’hommes avec lesquelles je dois accepter finalement de partager des caractéristiques propres au genre humain et des capacités à agir .

             la mémoire se pose aussi facilement sur Azay que sur Limoges ou Oradour mais parfois ..., non, on ne peut pas, on ne doit pas faire le tri !

             bonne fin de journée !

             P.B.A

             

              

             


          • baldis30 18 mai 10:33

            @Gavroche
            bonjour,

            « Et Oradour... »

            N’oubliez pas Vassieux, La Chapelle-en-Vercors, Tulle, Mozzabutto et les fosses ardéatines, et toutes les exactions qui n’ont laissé que des plaques commémoratives même plus entretenues ...


          • Surya Surya 18 mai 11:58

            @philippe baron-abrioux

            « à mon âge , on « jouait à la guerre » »


            C’est étrange comme on nomme « jeu » tout ce que font les enfants, pour la simple raison qu’ils sont des enfants (et sont donc supposés jouer...). Mais les enfants jouent-ils vraiment, lorsqu’ils « jouent » à la guerre ?

            Je ne crois pas. Pour eux, ce n’est pas un jeu, non, ils ne jouent pas, ils reproduisent, de façon très sérieuse et pas du tout ludique, ce que font les adultes. C’est tout.

            Les gamins, lorsqu’ils apprennent à parler, ils reproduisent. Lorsqu’ils deviennent racistes, ils reproduisent. Lorsqu’ils acquièrent le sens de l’humour, ils reproduisent. 

            Je crois qu’ils faut avoir acquis une grande maîtrise des choses pour pouvoir affirmer que l’on « joue » avec ces choses. Parce que « jouer » à quelque chose, ça suppose qu’on ait pris de la distance avec cette chose, et mon opinion c’est que les gamins sont trop jeunes pour avoir déjà la capacité de prendre de la distance avec les choses. 

            Ce n’est que mon opinion personnelle.

            Regardez un gamin jouer à un jeu de société. Il est vachement concentré sur ce qu’il fait, et donne parfois plus l’impression d’apprendre et de reproduire que de vraiment jouer. Dès fois, je me demande s’ils « jouent » vraiment...
            La preuve, les gamins, ils trichent jamais quand ils jouent à un jeu de société, ha ha ha... (moi non plus, mais je suis du genre à vouloir changer les règles quand ça m’arrange...)

            Les gamins ne joueront vraiment à la guerre que le jour où toute guerre aura définitivement disparu, et que l’idée même n’existera plus dans la tête des adultes (ex enfants qui ont appris à reproduire) On peut rêver, non ? Ils inventeraient donc ce jeu eux mêmes, et si on leur fabriquait alors des fausses armes en plastique pour jouer à leur jeu, je suis sûr qu’ils ils se marreraient bien avec.

            Bel hommage, Rosemar, qui sonne un peu « explication de texte » par moments, mais on vous en voudra pas puisque vous êtes prof. C’est l’intention qui compte.


          • Surya Surya 18 mai 12:04
            Je suis sûre, pas sûr. 

            Allo la réduction ? y aurait-il moyen de permettre aux commentateurs d’éditer leur texte une minute ou deux masimum, aec un compte à rebours, après l’avoir envoyé ? On voit toujours les fautes une fois qu’elles sont publiées, jamais avant.

          • Surya Surya 18 mai 12:05

            @Surya
            La reduction !!! La rédAction !! 

            Vous voyez...



          • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 mai 12:46

            @Surya

            Il me semble que c’est surtout lié à nos instincts, procréatifs, de survie, etc. On peut assimiler ça au jeu même si c’est très sérieux, comme le chaton qui traque déjà la souris, alors qu’il tète encore.


          • OMAR 18 mai 21:11

            Omar9

            Salut @Et hop !

            Avez-vous vu « Little big man » d’Arthur Penn ?
            Parce que ce film présente le général Custer dans sa véritable personnalité : un psychopathe, barbare, assassin de femmes, enfants et vieillards indiens.
            Mais 50 ans plus tôt, Hollywood le définissait comme un héros, une fierté des USA...
            Il en est de même avec ces soldats américains, ces  êtres humains , sains de corps et d’esprit, des médecins, des officiers, des humains qui donc ont pu en arriver à ces extrémités ; que ce soit au Vietnam, en Somalie, en Afghanistan, à Grenade ou en Irak.
            Les médias et films américains les présentent tous comme des gens humains, intelligents, communicatifs et bons, car un américain ne peut être que ce genre d’individu..
            Et que dire de ceux qui, assis dans une salle de commande, dirigent des drones qui vont pulvériser un «  »
            terroriste«   mais aussi d’innocentes victimes et, juste après, iront récupérer leurs gosses à la sortie d’école puis, le dimanche, iront à la messe.
            Ah oui, pour eux, une terminologie militaire a été conçue pour absoudre leur conscience : »dommages collatéraux"....
            Et ça marche :
            http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/en-cinq-mois-les-drones-americains-ont-tue-90-de-civils-plutot-que-des-terroristes_1726392.html


          • Robert Lavigue Robert Lavigue 17 mai 22:47

            Si l’autrice de ce billet lacrymal avait lu cet échange musclé entre Jean Ferrat et Meïr Waintrater peut-être qu’elle aurait fait l’économie de sa bluette.

            Si l’autrice avait lu cet autre billet de Meïr Waintrater, peut-être qu’elle pourrait donner le change ailleurs qu’aux côtés de ses comparses mitoyens.

            Parce que, ma p’tite dame, avec les réseaux sociaux et la toile, tôt ou tard l’un de vos élèves tombera dessus et vous perdrez toute crédibilité...
            Je comprends mieux pourquoi ça vous fout la trouille !


            • rosemar rosemar 17 mai 23:00

              @Robert Lavigue


              De vaines polémiques sur un texte qui dénonce la barbarie nazie : c’est un comble !
              Même sur ce sujet, les polémiques stériles vont bon train : c’est pitoyable !

            • Bernie 2 Bernie 2 17 mai 23:58

              @Robert Lavigue

              C’est cause perdue que d’’essayer d’élever le niveau de réflexion avec rosemar. Le but était de décrire une chanson de Ferrat de manière académique, faire un billet larmoyant, récolter des commentaires élogieux sur ce chanteur qui sut si bien interpréter Aragon. ==> Fait. Billet suivant. On verra demain, le nouveau ministre de l’éducation ou l’éviction de pujadas ? Mystère.

              PS : merci pour les liens, surtout le deuxième. Je reprendrais un extrait :

              Dans la famille où j’ai grandi, on ne parlait pas de « génocide » pour désigner l’événement dont mes parents étaient rescapés et qui avait englouti la quasi totalité de leurs proches. On n’employait pas davantage le mot « Shoah », puisqu’il n’est entré dans l’espace public francophone que vers la fin des années quatre-vingt. À vrai dire, pendant longtemps je n’ai entendu aucun nom qui désignât cet événement-là. On employait des expressions détournées, comme « la guerre » ou « la déportation », ou encore « les Allemands ». Et, le plus souvent, on ne disait rien.

               Maintenant, que Ferrat mette toutes les victimes dans son texte, dans un but humaniste, en niant la prépondérance du massacre des juifs, alors qu’il était personnellement touché. Ou est ce par pression subliminale de l’époque, qui « ignorait » l’ampleur du génocide pour mettre toutes les victimes au même niveau. Vaste question !


            • Et hop ! Et hop ! 18 mai 00:36

              @Robert Lavigue : 


              Autrice, formé sur actrice, n’existe pas, on dit auteur.

              Les mots ont en français toujours un genre, il n’est pas comme en anglais réservé aux seuls objets sexués, on dit une sentinelle, même si c’est un homme, on ne dit pas un sentinel.

            • Bernie 2 Bernie 2 18 mai 02:00

              @Et hop !

              Dans le cas présent, autrice rime plutôt avec autiste.

              Mais sur quel pied danser, on ne sait plus. Auteur, auteuse, auteure, autrice ?

              Pour anecdote, pour mon boulot, je dois contacter les élus communaux. Jour 1, j’appelle Madame le maire, qui me rabroue vertement, m’indiquant qu’elle est Madame la maire.
              Le lendemain, en présentant mes hommages à madame la maire, je me fait reprocher que madame la maire, c’est inadmissible, elle n’est que la mère de ses enfants. J’aurai du dire madame le maire, voire au pire , madame la mairesse.

              Ça devient chiant de se parler.

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